Le Village du Péché

[TW harcèlement sexuel et viol]

Le Village du Péché, 1927, Olga Préobrajanskaïa

Le village du péché c’est une histoire de femmes fortes et de femmes fragiles. C’est un film sur le harcèlement sexuel et le viol. C’est un film toujours d’actualité qui a été réalisé en 1927 par une femme : Olga Préobrajanskaïa. Elle a réalisé une dizaine de film, malheureusement, Le Village du Péché, est le seul disponible en France…

Il débute au printemps 1914.Vassili Shironine, patriarche acariâtre et libidineux a un garçon et une fille tous deux en âge de se marier. La fille Wassilissa, se rebelle contre son père qui refuse d’accorder sa main à un simple forgeron et quitte la maison familiale pour s’enfuir avec celui qu’elle aime mais qu’elle ne pourra pas épouser (pas le consentement du père, tout ça) (spoiler, ce personnage est sublime et j’en suis une très grande fan). Vassili décide de marier son fils Ivan à une orpheline Anna. Ça tombe bien, les 2 jouvenceaux sont amoureux. Sauf que ce n’est pas par grandeur d’âme ni par romantisme qu’il pousse à ce mariage, c’est juste que le vieux barbon convoite secrètement la jeune Ana. Peu de temps après le mariage, la Première Guerre Mondiale arrive et Ivan doit rejoindre le front. Anna, se retrouve seule chez son beau-père, prise entre la maîtresse de Wassili qui l’exploite en lui donnant les tâches les plus ingrates et le harcèlement de plus en plus menaçant du patriarche qui profite de la disparition de son fils.

Si le fond est dur, la forme est magnifique. Le village du péché, c’est aussi la splendeur d’images de nature et d’animaux. Ce sont les magnifiques costumes traditionnels des personnages féminins. Ce film semble intemporel et est pourtant ancré dans son époque. La réalisatrice a tourné pendant 2 ans (de 1926 à 1927) pour saisir le rythme des saisons.

Mais Le village du péché est avant tout un film féministe. Le scénario, écrit par un homme et une femme, fait de la scène de viol (qui est plus suggérée qu’autre chose) l’aboutissement d’un processus, celui du harcèlement. Un harcèlement de plus en plus poussé et feint d’être ignoré jusqu’à l’agression mais aussi la honte se retournant contre la victime. Tout ce que beaucoup de films ignorent ou nient, encore dans le cinéma du XXIème siècle, Olga Probrajanskaïa parvient à le décrire.

Pourquoi ce film est féministe ? Parce Wassilissa, parce que Ana.

Wassilissa défie son père prend sa vie en main et fait fi du regard réprobateur de tous les villageois. Jusqu’à la fin du film elle vivra sa vie comme elle l’entend. Ce personnage montre une grande force et celle-ci est mise en valeur tout au long du film (je vous ai dit à quel point j’aime ce personnage ?).

Si Ana n’a pas la force de Wassilissa  à aucun moment on en fait un personnage faible. Ana est seule, et fait ce qu’elle peut avec le peu qu’elle a. Le film dénonce la lâcheté des gens, le victim bashing qui rend Ana coupable du viol et dédouane le violeur. Quelque chose qu’on connaît malheureusement toujours presque cent ans après…

La question qu’on pourrait se poser est pourquoi aller voir un film soviétique, muet en noir et blanc sur quelque chose qu’on connaît toutes de près ou de loin ?

Parce que déjà en 1927, des femmes faisaient des films pour dire que ce n’est pas normal, et que ça fait du bien de les voir (en plus le film est beau et les acteurs sont bons. Que demander de plus ?)

100% au test de Bechdel

Disponible gratuitement sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=lCHgdvBW1Gw

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