Archives mensuelles : novembre 2016

La Dolce Vita

 

La Dolce Vita, 1960, Roberto Fellini

 

Malgré ma passion pour le cinéma américain, il fallait bien qu’un jour je découvre le cinéma italien et comme Rome est une ville chère à mon cœur, le choix était évident….

Me voilà donc suivant les pérégrinations de Marcello, journaliste à scandale, dans la Rome de 1959.

 

L’ouverture du film donne le ton : sous les crépitements de paparazzi, Marcello et Maddalena, héritière richissime, s’en vont et passeront la nuit dans la chambre d’une prostituée mise à la porte pour l’occasion. A son retour chez lui, Marcello découvre sa compagne, Emma qui vient de faire une tentative de suicide.

La caméra errera ensuite entre fêtes outrancières et crises existentielles avec pour fond une Rome en pleine construction.

Ce film propose une critique du journalisme à sensation très intéressante. On y rencontre, scène après scène des paparazzis accrocs à la provoc, en quête de la photo la plus choc, sans la moindre notion de conscience journalistique.

Deux scènes m’ont marquées.

Scène 1. Extérieur. Jour.

Marcello et un policier attendent une femme pour lui apprendre que son mari, un ami de journaliste, s’est suicidé après avoir tué leurs deux enfants. Le policier ne la connait pas, Marcello doit la reconnaitre et lui apprendre la nouvelle. Alors que l’immeuble où s’est déroulé le drame est envahi de photographes qui tentent de rentrer dans l’appartement, certains ont suivi les deux hommes. La femme arrive vers Marcello, et peut à peine marcher prise dans un essaim de flashs. Elle ne sait rien et ne comprend pas pourquoi elle est l’objet d’un tel engouement. Elle sourit, rit, sans savoir que les appareils photos ne veulent qu’immortaliser le visage de cette femme qui vient de tout perdre.

Scène 2. Extérieur. Nuit.

Il y a foule dans cette banlieue de Rome où on dit que la Vierge Marie est apparue à deux enfants. Croyants, journalistes et bien sûr photographes sont venus qui prier sur ce lieu de miracle, qui couvrir cet évènement.

Trop de monde dans un petit espace entraine un mouvement de foule. Un enfant meurt. On voit donc la mère et le prêtre agenouillés au sol. Une bénédiction est en train d’être faite quand un photographe arrive et photographie le corps juste avant qu’on rabaisse le drap.

 

Le pire du voyeurisme dont peut faire preuve certains photographes est  mis en scène de la façon la plus crue qui soit. Lors de cette deuxième scène, on pense d’ailleurs à Romy Schneider.

En 1981, le fils de Romy Schneider vient de mourir et les photographes seront tellement insistants lors de l’enterrement qu’elle ne pourra pas rester jusqu’au bout. Un paparazzo a même été jusqu’à se déguiser en infirmier pour prendre en photo le corps de l’adolescent et vendre le cliché dans la presse. Ça a fait un tel tôlé que le photographe finira par détruire la photo.

 

La Dolce Vita c’est aussi des femmes. Toutes rêvent et désespèrent.

Maddalena, riche héritière qui vit encore chez ses parents et erre de fête en fête, attendant de croiser Marcello. Elle rêve de se cacher, de quitter Rome tout en ayant peur de provoquer le changement.

Sylvia, blonde actrice américaine qui ne dort qu’avec du parfum. Clone de Marylin aussi éthérée et opalescente qui fait chavirer tous les cœurs (celui de Marcello le premier) sauf celui de son fiancé.

Emma enfin, la fiancée déçue mais amoureuse jusqu’à perdre la raison de Marcello. Prête à tout pour son homme, elle prie pour qu’il lui reste et tente de se suicidé quand il part. Elle n’imagine pas sa vie sans lui et la caméra de Fellini ne l’imagine pas sans homme.

Il n’est pas bon être une femme dans un film italien de 1960 réalisé par Fellini. Ainsi, les personnages féminins sont souvent caricaturaux et celui d’Emma donne l’impression d’une femme possessive et déprimée étouffant un personnage masculin qui se veut moderne et cool.

La vérité c’est qu’il la quitte sur une route déserte, de nuit et l’abandonne là. Il viendra quand même la chercher quelques heures plus tard (le Soleil aura eu le temps de se lever).

 

La dernière scène m’a laissé un goût désagréable en bouche. Lors d’une fête Marcello remarque une femme ivre, au bord du coma éthylique. Il l’oblige à se mettre à quatre pattes, s’assoit sur son dos puis lui donne des fessées pour qu’elle avance. Pendant ce temps-là, il déchire les bretelles de sa robe. Quand elle finit par s’écrouler par terre, il l’oblige à boire plus d’alcool. Il finira en la recouvrant de plumes pour en faire un poulet, terminant ainsi de l’humilier.

 

Je comprends que ce film soit considéré comme un chef d’œuvre. La musique est magnifique et certains plans relèvent du génie. Je parle entre autres de la fameuse baignade dans la fontaine de Trévise et aussi de cette conversation entre Anouk Aimé et Marcello Mastroianni à travers les murs d’un palais italien. La forme est effectivement superbe. Mais quand on est une féministe de 2016, il est très dur de voir des femmes se faire frapper par leur compagnon dans la rue, devant un public trouvant ça normal. J’ai toujours eu du mal avec le concept de faire de l’art sur la misère ou la souffrance d’autrui et c’est ce que j’ai vu dans ce film.

On pourra me dire que « c’était comme ça à l’époque » ou que c’est une œuvre de fiction mais en 2016 une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon. Ce chiffre n’est pas une fiction. On pourrait donc ne plus appeler « chef d’œuvre » un film qui banalise les violences faites aux femmes.

 

33% au test de Bechdel (plus de 2 personnages féminins identifiés mais elles ne parlent pas entre elles).

 

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